LES MOUCHES TSE-TSE BOOSTEES PAR LE RECHAUFFEMENT CLIMATIQUE CONTRE-ATTAQUENT

Aire de répartition de la maladie du sommeilEn raison du réchauffement climatique, l'aire de répartition de la maladie du sommeil, dont la mouche tsé-tsé est le vecteur, pourrait bien se déplacer et menacer des dizaines de millions de personnes supplémentaires d'ici à la fin du siècle, selon une étude des US Centers for Disease Control and Prevention (CDC, Centres de contrôle et de prévention des maladies américains) publiée dans le Journal of the Royal Society Interface [1].

La maladie du sommeil, c’est quoi ?

La maladie du sommeil (ou trypanosomiase africaine) est due à l’action combinée d’un parasite, un protozoaire flagellé appelé « trypanosome » et d'un vecteur, la mouche tsé-tsé qu’elle transmet par sa piqûre.

La mouche tsé-tsé transporte le trypanosome, du bétail, lorsqu'elle se nourrit de son sang, à l'Homme. Dans une première phase de la maladie, le trypanosome se développe dans l'organisme humain. Elle se caractérise par des poussées de fièvre, des céphalées, des douleurs articulaires et un prurit (démangeaison de la peau). Les défenses immunitaires sont peu à peu détruites dans une seconde phase, le parasite envahit le système nerveux central et correspond à l’apparition des signes et symptômes manifestes de la maladie : modification du comportement, état confusionnel, perturbations du cycle du sommeil (le malade se met à dormir le jour et veiller la nuit), troubles sensoriels et mauvaise coordination qui, sans traitement, conduisent au coma et à la mort.

La maladie du sommeil vouée à se répandre avec le réchauffement climatique

Les maladies vectorielles sont particulièrement sensibles au réchauffement climatique. La maladie du sommeil a récemment été identifiée (en 2008 par la Wildlife Conservation Society) comme l'une des douze maladies infectieuses susceptibles de se propager en raison du changement climatique.

Des chercheurs, Sean Moore et ses collègues du Centre américain de contrôle et de prévention des maladies (CDC), ont voulu savoir ce qu’il adviendrait des couples parasite-vecteur si, comme la quasi-totalité des scénarios élaborés par les climatologues semblent l’indiquer, la Terre se réchauffait. Ils ont ainsi réalisé une analyse informatique simulant deux scénarios mis au point par des climatologues, et qui prévoient un réchauffement de la température de 1,1 à 5,4 degrés Celsius, en fonction des émissions de carbone. Ils ont étudié le parasite présent en Afrique de l'Est et les deux espèces de mouches susceptibles de le transmettre. Ils ont enfin modélisé ce que deviendraient l’écologie de ces mouches, leur physiologie et surtout leur interaction avec le parasite en cas de hausse des températures.

Ils ont constaté que des poussées de la maladie pouvaient se produire quand les températures moyennes s'établissaient entre 20,7 et 26,1 degrés. Ainsi certaines régions de l'Afrique de l'Est pourraient devenir trop chaudes pour la survie du parasite, alors que d'autres dont l'Afrique du Sud, pourraient à l'inverse devenir propices pour le développement des larves et favoriser les épidémies.

L’extension géographique de l’aire de répartition risque donc de provoquer l’infection de nouvelles personnes. Selon les modèles des chercheurs, 40 à 77 millions de personnes supplémentaires pourraient alors contracter la maladie d’ici 2090. L’épidémie toucherait notamment l’Afrique de l'Est, de l'Ouest et centrale selon l'Organisation mondiale de la santé.

Les chercheurs précisent néanmoins que leurs estimations ne tiennent pas compte de certains facteurs environnementaux comme l’évolution de l’humidité, ou encore les changements démographiques des différents hôtes (humains, bétails…) qui pourraient avoir une influence sur la propagation de la maladie. Des recherches supplémentaires devront donc être réalisées pour préciser ces estimations inquiétantes.

Pour info, les onze autres maladies susceptibles d'élargir leur territoire qui ont également été identifiées par la Wildlife Conservation Society, sont la grippe aviaire, la babésiose, le choléra, l'ébola, certaines maladies parasitaires, la maladie de Lyme, la peste, la maladie de la marée rouge, fièvre de la Vallée du Rift, la tuberculose et la fièvre jaune.

Maladie du sommeil : comment s’en protéger ?

Il n'existe pas de vaccin ni de prévention médicamenteuse. La prévention et le contrôle se focalisent sur l'extirpation de l'hôte parasite, la mouche tsé-tsé. L'une des tactiques est de perturber le cycle de transmission en réduisant le nombre de mouches. Il existe par exemple l’utilisation de techniques de stérilisation des insectes. Aussi la construction d’aménagements hydrauliques, dans les années 1980, a progressivement réduit les contacts mouches-hommes, ces derniers n’étant plus contraints de se rendre à la rivière pour s’approvisionner en eau, et permis ainsi le recul de la maladie.

Par ailleurs, la stratégie médicale ou vétérinaire vise directement la maladie en utilisant le dépistage systématique, la prophylaxie et la surveillance active régulière pour réduire le nombre d'organismes porteurs de la maladie.

Pour le voyageur, le port de vêtements couvrants ainsi que des répulsifs contre la mouche responsable à appliquer sur la peau est conseillé.

Enfin, le traitement standard courant pour la première étape de la maladie est la pentamidine en intraveineuse (pour le T.b. gambiense ) ou en intramusculaire sur une semaine, suivie de la suramine en intraveineuse (pour le T.b.rhodesiense ) sur une durée plus prolongée. Pour la deuxième étape de la maladie (phase neurologique), il est prescrit le mélarsoprol par voie intraveineuse pendant 10 jours consécutifs.

[1] Moore S., Shrestha S., Tomlinson K.W. and Vuong H. (mai 2012) Predicting the effect of climate change on African trypanosomiasis: integrating epidemiology with parasite and vector biology. In : Journal of the Royal Society Interface ; Vol. 9, I. 70, p. 817-830. Published online before print November 9, 2011, doi:10.1098/rsif.2011.0654.


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